Estelle Lagarde – installation - Le
NEZ
« Lorsque Bénédicte Chauliac
m’a proposé de créer une œuvre en m’appuyant sur un texte de la littérature russe, j’ai été
intriguée. Ne répondant jamais à aucune commande, je me demandais
si quelque chose viendrait à partir d’un thème. En replongeant
dans les textes, contes, romans, nouvelles des écrivains russes, je
me suis très vite arrêtée sur «Le Nez» de Nicolas Gogol. Le
caractère totalement absurde, irréaliste et drôle de cette
nouvelle m’intéressait particulièrement. Habituellement j’utilise
la photographie comme moyen d’expression, mais là, bizarrement,
aucune image photographique ne venait. Peut-être parce que la
photographie était encore trop réaliste pour l’univers totalement
surréaliste de ce conte. L’œuvre qui sera présentée à la
galerie Brissot s’attache à restituer l’ambiance que m’a
inspirée le texte par des éléments étonnants dialoguant les uns
avec les autres afin de rendre compte de l’aspect aberrant et
fantastique de cette histoire. » Estelle Lagarde
Natacha Sadoun - sculpture - Reminiscence
En l'absence de photo pour le moment, je te décris la sculpture/installation pour que tu comprennes mieux dans quel sens je vais:
il s'agit d'une sorte de petite balançoire d'enfant, rouillée.
grâce à un petit miroir, on voit qu'il y a quelque chose écrit sous le siège, et c'est un extrait tiré de l'autobiographie de Nabokov ("Autres rivages") : « La pénombre sépia d’un après-midi arctique du milieu de l’hiver (…) allait s’épaississant jusqu’au noir accablant ».
J'ai voulu parlé de ces écrivains et artistes russes en exil, de la force du souvenir, et de la nostalgie que beaucoup d'entre eux ont nourrie (une nostalgie souvent liée au monde qui allait disparaître). Je suis tombée en amour(!) de Nabokov qui écrit comme un dieu et retransmet tellement bien son passé.
C'est un sujet que les Russes ont expérimenté plus que quiconque, mais qui est commun à tous, et c'est pourquoi j'ai plus fait ressortir dans la sculpture le souvenir, l'évocation, et moins la dimension nostalgique.
Et voilà le texte que j'ai écrit et que j'aimerais associer à l'installation :
Balancement, là et ailleurs.
La pensée errante investit le souvenir
Là, tapi
Apprivoisé ou traitre, qui se dérobe ou s’impose ;
Une terre
Familière
Qui apaise ou irrite, rassure ou ébranle
Compagne nostalgique de l’exil
Compagne embarrassante pour l’exil désiré de la pensée.
Mémoire tyrannique.
Le temps tout à coup en suspens.
Réminiscence parfois fulgurante et insoupçonnée.
La trace était pourtant là, gravée.