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Je vois à peine le paysage, ce soir : Une multitude de conjectures m'occupe l'esprit ...
J'ai franchi quelques kilomètres sans rien voir, absorbée dans mes pensées et c'est à peine si je le vois surgir; c'est de l'ordre d'une apparition, comme si quelqu'un soudain me barrait la route, au milieu du chemin... c'est une apparition, cet arbre, en plein milieu du chemin, il masque totalement l'horizon et je ne vois plus rien que lui. Sa tête d'arbre est là comme une personne qui prend la parole. Elle prend la parole et remplit tout l'instant de sa présence. Il n'y a rien d'autre à voir, ni rien d'autre à dire à cet arbre; la seule chose à apprendre ce soir, c'est cet arbre qui a chassé toute conjecture mentale de mon esprit pour y glisser somptueux la masse de ses branches se détachant sur le ciel pâle en boule parfaite au point d'emplir totalement mon regard.
Il y a quelque chose d'autre à percevoir, un mouvement qui se dessine à l'intérieur de la vision, quelque chose qui frémit, bouge... un mouvement qui se prolonge et diffuse ma vision dans l'espace environnant...
Je reste longtemps à regarder, de toute évidence, c'est pour moi , ce soir, cette vision, ce jaillissement , cette éclosion. C'est un signe pour moi seule, puisque je suis ce soir la seule passante sur ce chemin, le seul témoin de ce show, de ce spectacle d'une évidence généreuse de cette abondance ....
B. Jeannest
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